La légende d'Eleyne et Gauthier

Histoire qui date du XVème siècle

 

Le château du hameau du Plouy était, à cette époque, propriétè du seigneur Jehan du Luxembourg et de la comtesse Jehanne  d'Encre, son épouse. Cette dernière délaissait souvent sa résidence de Lille pour venir vivre dans ce château du Plouy, qu'elle aimait pour son cadre forestier et son calme bienfaisant.

 

A la mort de son mari, Jehanne s'y installa définitivement avec sa suite.Deux affections illuminaient sa solitude; celle du jeune clerc Gauthier et celle de sa filleule Eleyne.

 

 

 

Les dix-huit ans de Gauthier et les seize ans d'Eleyne firent naitre chez les deux jeunes gens une passion amoureuse très vive et très pure, contrariée malheureusement par la différence de condition qui les séparait.
La comtesse Jehanne songea à combler cet abîme, en faisant la fortune foncière de Gauthier et en demandant à la cour des comtes de Lille de l'anoblir. Auparavant, elle voulait régler les affaires en suspens en Cour de Rome. Elle y envoya son greffier.
En se séparant, Gauthier demanda un souvenir à Eleyne et celle-ci tirant la plume qu'elle portait à sa toque, la lança à son amoureux en lui disant malicieusement:
"Sans plume, le clerc ne peut écrire."

 

Pendant son absence, la comtesse du Plouy fut invitée avec sa filleule Eleyne, à un grand tournoi, devant réunir toute la chevalerie du pays chez le comte de Harnes, le plus riche et le plus puissant seigneur de l'Artois. Ce dernier fut ébloui par la radieuse beauté d'Eleyne et, vainqueur de tous les combats, Louis de Harnes la choisit pour reine du tournoi.
Quelques jour après, le grand seigneur demandait la main de la noble fille. Celle-ci songea bien un peu au pauvre clerc à qui elle avait juré fidélité. Mais comment résister à l'honneur inespéré qui lui était fait; comment résister à la pression de son père ? La bonne comtesse elle-même ne défendait que bien mollement l'amour du jeune page pour lequel elle avait pendant plusieurs jours combattu vigoureusement. le mariage eut lieu.
Or, un an après on fêtait au château de Harnes les relevailles d'Eleyne. Au milieu du banquet, un majordome annonça à Louis de Harnes qu'un ménestrel rentrant de pèlerinage en terre sainte voulait se faire entendre.

 


_"Qu'il viennent, dit le comte, et que ses chants ajoutent de la joie à ce repas".


Le pèlerin fut introduit. Il était vêtu d'un grand manteau noir dont le collet était rabattu sur le visage; un large chapeau lui cachait les yeux.
_"Daignez, illustre seigneur, permettre à un pauvre pêcheur de rester fidèle au voeu qu'il a fait de ne point se découvrir"
_ "Soit, répondit le maitre, mais j'espère que tu n'en célèbrera pas moins bien l'héritier de ma maison 

 

 

 

Vous avez deviné que le pèlerin était Gauthier

Le greffier qui venait revoir une dernière fois sa bien-aimée avant d'entrer dans les ordres. Gauthier conta une triste histoire qui était la sienne. Louis de Harnes devina que ce pèlerin n'était autre que son rival malheureux qu'il fit renvoyer par ses gens.Gauthier en passant près d'Eleyne murmura : "Sans plume, le clerc ne peut écrire."
Dans la semaine, comme Gauthier se rendait à la Neuville et comme il se trouvait à la lisière de la forêt, des assassins, sur ordre du Comte de Harnes, le frappèrent de plusieurs coups de poignard et lui arrachèrent la langue. On retrouva son coeur sur la plume d'Eleyne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette dernière apprenant la tragique nouvelle, fut prise d'une fièvre violente et mourut quatre semaines après. Avant de mourir, elle avait demandé à la Comtesse Jehanne d'élever une chapelle à Attiches, en souvenir de Gauthier et d'y faire figurer l'inscription : "Sans plume, le clerc ne peut écrire."

 



 

 

 

 

 

C'est ainsi que finit cette histoire d'amour.

 

 

 

 

 

 

 

(document aimablement communiqué par Régis tabeau )